14 juin 2007
Le Manuscrit de Voynich
Cela faisait longtemps que je voulais parler de cette discipline passionante qu'est la cryptographie. Je l'ai découverte étant petit dans une sorte de "livret du petit espion" trouvé dans un Journal de Mickey ou dans un Astrapi de l'époque. Fasciné dès le début par des codes comme le rot13 et surtout le pigpen, j'ai longtemps gardé un certain gout pour le codage et les conlangs.
Il y a quelques années, mon intérêt pour tout ceci a ressurgi avec ma découverte de l'existence d'un manuscrit datant du quinzième siècle écrit dans une écriture inconnue et jamais déchiffré. Découvert et acheté en 1912 par un bibliophile américain d'origine polonaise dans une des bibliothèques des jésuites en Italie, il fait depuis cette époque l'objet de nombreuses études de la part de spécialistes des langues et de la cryptographie. Wilfrid Voynich a d'abord cherché à revendre le document en tenant d'en attribuer la teneur à Roger Bacon, thèse fantaisiste qui orienta dans une direction biaisée la recherche sur le manuscrit pendant quelques années.
C'est avec les sites de René Zandbergen et de Jorge Stolfi que j'ai appris le plus de choses que cet énigmatique manuscrit. Dès l'époque moderne, on note des tentatives de déchiffrement infructueuses et à partir des années trente, le sujet passionne les professionnels de la cryptologie, intéressés par ce code indéchiffrable depuis plus de cinq siècles. Les premières tentatives se heurtent tout d'abord à l'alphabet utilisé.
Ce système d'écriture, jamais trouvé auparavant ni depuis sur un autre document (bien qu'un bibliothécaire du Vatican ait prétendu en avoir trouvé un semblable dans les archives de la cité sainte) a nécessité de la part des experts en cryptologie la mise au point d'un système de transcription c'est à dire l'assignation à chacun des caractères exotiques du manuscrit un caractère alphanumérique latin.
À partir de ces transcriptions, les chercheurs ont pu compiler de nombreuses données sur le manuscrit, établir des statistiques de récurrence des mots et des lettres, établir des lois de distribution et les comparer aux langages et codes connus. La première conclusion est que le manuscrit de Voynich n'est pas écrit comme une distribution aléatoire de lettres ou de mots. Comme les langues humaines connues, le voyniche suit la loi de Zipf, mais la relation des mots entre eux semble très inhabituelle.
On trouve par exemple des séquences comme "daiin daiin daiin" ou "qokedy qokedy dal qokedy qokedy" qui montrent des répétitions qu'on trouve dans très peu de langues. De même, les mots du voyniche suivent systématique une décomposition en préfixe, racine et suffixe. Certaines racines n'acceptant que certains préfixes et suffixes, certains suffixes induisant un certain nombre de racines etc. Dans la formation des mots, on constate aussi que certaines lettres ne sont présentes que dans les préfixes ou suffixes, ou qu'elles induisent automatiquement la lettre qui les suit.
Au delà de l'étrangeté du voyniche, le manuscrit possède d'autres caractéristiques intéressantes. Composé de plusieurs sections (herbier, astronomie, biologie, cosmologie, pharmacologie, recettes) il est illustré de dessins parfois très clairs (étoiles, cartes du ciel, rosaces) et parfois très étranges (plantes chimériques, nymphes se baignant dans des réseaux de tuyaux et de bassins) qui ont suscité de nombreuses hypothèses, mais aucune réellement satisfaisante.
Dernièrement, un mathématicien nommé Gordon Rugg a prouvé qu'il était possible de créer un document répondant aux même caractéristiques que le manuscrit à partir d'une grille de Cardan. Il accrédite ainsi la thèse la plus plausible de la supercherie : le manuscrit aurait été créé de toutes pièces par John Dee et Edward Kelley, afin d'être renvendu à prix d'or au roi Rudolf II de Bohème.
Si j'ai le courage, je vous raconterais l'histoire de Dee et Kelley, deux alchimistes qui écumèrent les cours des rois d'Europe, prétendant pouvoir invoquer des anges et transcrire leurs messages dans un langage que nul autre qu'eux ne connaissait...
Commentaires
Faut demander à Lingdon de résoudre tout ca...
Ca ma toujours intrigué les codages, comment les gens font pour comprendre, notamment Champollion avec la pierre de rosette...
du boulot en pespective
et oui , car comme j'aime ouvrir chaque lien que tu donnes , et que ce genre d'exercice me passionne beaucoup ,j'ai du " pain sur la planche" ...
cat.
C'est payé combien un scribe ?
Ce qui m'avait le plus étonné dans ce manuscrit c'est ça taille. Lorsqu'il s'agissait de fabriquer des impostures, on n'hésitait pas à y investire du temps au 15ième.
Ca vous a une autre gueule qu'une imposture radio torchée en 10 minutes !
le manuscrit de voynich pour moi jusqu'à présent c'était mon jeu vidéo des chevaliers de baphomet ^^
Je ne connaissais pas du tout ...
Merci pour cette découverte.
Gala
C'est drôlement intéressant !
Damned ! C'est vraiment brillant... Et les gens pensent qu'on n'est que des rigolos d'internet (nazis, pédophiles, et voleurs de musique piratée...) LOL !
p'rfg qebyrzrag vagrerffnag gbhg çn!
mhg zba pbz f'rfg creqh ra ebhgr! wr qvfnfv fbap geèf vagrerffnag gba cbfg!
à décoder bien sûr!
un roman qui a pour trame le manuscrit Voynich
Je vous invite à découvrir "sous le manteau de la nuit" de Tristan Maréchal, publié aux éditions les 2 encres. Ce roman a pour trame le manuscrit Voynich.
www.tristan-marechal.cmonsite.fr
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